Ho L`Agitescion
Solo project by Michele Morando; link
May 22 - June 19, 2026
Italian Cultural Institute, Strasbourg, France

Exhibition views by Emilie Vialet
Cher Michele,

Un jour, tu m’as glissé cette phrase de Guy Debord : « Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. » Tu m’as dit que tu aimerais que tout le monde jette un nouveau regard sur La Société du spectacle* et que cette exposition tenterait d’y parvenir.

J’en ai repris la lecture et j’ai lu la suite : « Les images qui se sont détachées de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun, où l’unité de cette vie ne peut plus être rétablie. » Il me semble que l’exposition Ho l’agitescion vient de ce cours commun et que tu cherches au contraire à rétablir l’unité de cette vie.

Ho l’agitescion — je suis angoissée, en français — c’est la voix de ta mère avec pour bruit de fond le poste de télévision. Politique berlusconienne et divertissements se confondent dans un brouhaha quotidien. L’écho des rires des téléspectateur·ices se fait entendre. Ho l’agitescion devient l’adage dont il faudra se défaire.

Pour ton exposition à l’Institut Culturel Italien se déploie un corpus de pièces, à la fois peintures, dessins, objets en verre soufflé, maquette en béton et une pièce sonore, qui se présentent comme un ensemble évolutif et toujours en cours. Cette exposition agence une partie de ce corpus relatant à la fois une étape de travail sur quatre années et une recherche active dans la mémoire d’une enfance en tension, entre aliénation et malaise.

S’y amoncellent des souvenirs : souvenir d’un bain dans une baignoire sabot ; souvenir d’une émission de télévision où gesticulent des femmes sur un plateau ; souvenir d’un père qui ressemble à Sylvester Stallone ; souvenir d’une collection d’animaux miniatures en verre de Murano. Les animaux, tu les dessines un par un, puis tu rencontres un souffleur de verre qui va les retranscrire dans la matière. Il y a à chaque fois une quête qui se traduit, d’abord en dessin et en peinture puis se décline dans d’autres formes. 

Tu donnes à tes souvenirs une autre réalité et nous en captons les résidus, les déformations et les persistances.

Amitiés,

Richard, mai 2026.

* Guy Debord, La Société du spectacle, 1967.






© Image cover: Djuna Barnes, from ‘Ladies Almanach’, 1928.